Fredrik Magnus Piper, les jardins anglais à la cour de Suède

Plan de l'île-monument à Gustav III

Plan de l’île-monument à Gustav III par Fredrik Magnus Piper, ap.1797. Académie Royale des Beaux Arts de Stockholm

Né en 1764 à Uppsala, Fredrik Magnus Piper développe dès ses études un gout prononcé pour l’aménagement des jardins. Devenu contremaitre au palais royal de Stockholm, il effectue un premier voyage en Angleterre en 1772. Grâce à son ancien professeur et protecteur à la cour de Gustav III (1746-1792), l’architecte Carl Fredrik Adelcrantz (1716-1796), Piper obtient une bourse pour étudier « l’aménagement moderne des jardins anglais » en Europe. Il commence son périple par l’Italie où il visite les villas autour de Rome puis en 1778 il retourne en Angleterre via la France. Fredrik Magnus Piper est alors le premier suédois à étudier les jardins anglais. En effet, jusqu’à présent c’est le style français régulier qui prédominait depuis Erik XIV (1560-1568) qui fit appel à Jean Allard, jusqu’aux liens entre Tessin (Nicodème l’Ancien 1615-1684 et le Jeune 1654-1790) et André le Nôtre, en passant par les Mollet père et fils au service de la reine Christine.

Le voyage de Piper a pour but principal de connaitre les nouveautés en matière de jardins et d’acquérir les compétences nécessaires à la réalisation d’un parc paysager. Il visite donc les parcs de Painshill, de Stourhead et Kew garden et entre en contact avec William Chambers (1723-1796). À la demande de ce dernier, il réalise les plans du parc de Tyresö, Chambers étant occupé par de trop nombreuses commandes pour les honorer toutes lui-même. Les plans montrent comment Piper à appris de Chambers, tout en s’en distinguant.

Piper rentre en Suède à l’automne 1780 où il reçoit le titre d’arpenteur des maisons royales et est chargé par Gustav III de redessiner les jardins royaux de Drottningholm et Haga.

À Haga, refuge favori de Gustav III, il s’inspire majoritairement de Stourhead qu’il a beaucoup étudié lors de son voyage. Il imagine dans ses plans de nombreuses fabriques. Il est rapidement freiné par le roi qui, après son voyage en Italie en 1783-84,souhaite revenir à plus de classicisme; ce dernier confie d’ailleurs la réalisation des bâtiments à un trio d’architectes classicisants : Léon Dufourny (1754-1818), Olof Tempelman (1745-1816) et Louis Jean Desprez (1743-1804). Cantonné au parc, Piper conçoit la grande pelouse, représentant à elle seule l’idéal bucolique si souvent mis en peinture au siècle précédent. La soudaine disparition du souverain et mécène en 1792 sonne la fin des travaux d’aménagement du parc Haga.

Avant même le départ de Piper pour l’Angleterre, le terrain du parc de Drottningholm avait été préparé, terrassé, les marais drainés pour accueillir un parc anglais. Jusqu’en 1787, Piper se concentre sur l’hydraulique et met un place un système de pompes et de bassins. Il propose en 1797 un nouveau plan, requierant l’édification de plusieurs fabriques (tente, décorée dans le style turc, un ermitage, une pyramide commémorant la reine Hedvig Eleonora qui a construit le palais) qui ne seront jamais réalisés.

Parmi les éléments finalement construits, l’île-colline est le plus marquant. Elle devait initialement accueillir un temple de l’Amour dessiné par Carl Fredrik Adelcrantz, mais à la mort de Gustav III le projet est modifié et devient un monument hommage au souverain et protecteur des arts. Sur le piédestal surmontant la colline, le groupe sculpté composé du buste du défunt encadré par la Mère Suède et un lion, est le point de départ d’une monumentale « couronne » de 272 tilleuls disposés en 36 rangs irradiants jusqu’aux berges.

Piper tente ensuite de modifier le jardin d’agrément mis en place par Tessin et Hårleman. Extrêmement représentatif du style baroque de Tessin_ régularité stricte et ordonnancement autour d’un axe centra_  ce style est par Piper comme démodé. Par ailleurs, près d’un siècle après sa création, le jardin n’est plus aussi spectaculaire: les broderies des parterres ont été considérablement simplifiées, les fontaines n’ont jamais fonctionné et l’ensemble souffre d’un manque d’entretien particulièrement dommageable dans ce type d’ouvrage. Piper souhaite donc y apporter des modifications, notamment en transformant les parterres en bassins. Mais ces travaux beaucoup trop onéreux sont refusés, Piper ne peut donc que se contenter de simplifier encore le tracé des broderies et de mettre en place un calendrier des plantations.

Membre de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture dès 1783, il en devient le Président en 1803. Il rédige Une présentation des idées et un plan général pour un parc de plaisance anglais  en 1811. Dans son sillage, ses élèves les plus notables sont Carl Christoffer Gjörwell le jeune (1766 – 1837) et Fredrik Blom (1781-1853) mais c’est surtout Knut Forsberg (1829-1895) qui redonnera au paysagisme suédois ses lettres de noblesses en remportant le concours pour le bois de Boulogne.

Diminué physiquement et en perte d’influence avec l’arrivée du classicisme en Suède, Fredrik Magnus Piper s’éteint le 22 janvier 1824

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